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Quel lien entre l’encyclique Laudato Si et notre projet de vie SVECJ ?l’importance majeure de cette encyclique

Laudato si (24 mai 2015) est une étape majeure dans l’enseignement social de l’Église.

Pourquoi ?

  • D’abord ce texte répond à un problème majeur de notre temps. Nous allons détruire notre monde, notre avenir, si nous ne changeons pas de modèle économique fondée sur perpétuelle croissance. Cela devient évident pour tout le monde en dehors des climato-sceptiques.

  • Deuxièmement, cette encyclique nous montre une voie praticable qui peut humaniser chaque personne et prendre en compte l’avenir de la planète et des générations futures. Il y a donc une vue à long terme pour le bien de tous les êtres humains sans exception.

  • Troisièmement ce texte s’adresse à tous les hommes de bonne volonté, en fidélité avec l’esprit du Concile Vatican II, de Gaudium et Spes. L’Église veut témoigner d’un Dieu bon qui veut la vie et le bonheur de tous les êtres humains et qui appelle chacun à y contribuer.

  • Quatrièmement, par cette encyclique, le pape François propose à tout le monde :

– de vivre une fraternité universelle qui inclut toutes les créatures créées par Dieu. Il s’appuie sur la spiritualité de Saint François d’Assise. Cette fraternité vécue fait entrer l’homme dans un réseau de relations bienveillantes avec le cosmos entier, avec tout et tous. Elle amène à reconnaître l’interdépendance de l’homme avec tout son environnement et réciproquement.

– de repenser la notion de « progrès » en se centrant sur une augmentation de qualité de vie, en particulier pour les plus pauvres. L’accumulation de biens, la consommation frénétique ne sont pas synonymes de « progrès ».

  • Cinquièmement, pour les chrétiens, le pape François montre le lien entre cette écologie intégrale et notre foi en Dieu. Et c’est là que je voudrais montrer comment notre projet de vie SVECJ, nous aide à être proche de cette écologie intégrale ou réciproquement comment cette écologie intégrale peut nous aider à approfondir notre spiritualité

Ecologie intégrale et spiritualité chrétienne

    Il y a un lien étroit entre écologie intégrale et spiritualité chrétienne. Le pape François nous montre qu’être chrétien nous aide sur trois points : admirer la création ; respecter en actes cette création ; devenir cohérent entre nos convictions de foi et notre style de vie.

    • Admirer la création car elle nous a été donnée par Dieu comme un cadeau gratuit. Cette admiration nous fait rendre grâce à Dieu. Elle nous protège de la tentation de la possession et de la domination. L’admiration nous amène à la contemplation. Entrer dans une écologie intégrale suppose donc une attitude contemplative mais on peut dire aussi qu’elle la développe. Tous ceux qui ont une fibre écologique apprennent à regarder et à admirer. Ceux qui ont une spiritualité contemplative, comme dans notre famille SVECJ, apprennent à admirer cette création offerte par Dieu avec tout ce qui y vit…

    Laudato Si n° 84 : « (…) Tout l’univers matériel est un langage d’amour de l’amour de Dieu, de sa tendresse démesurée envers nous ». « Quand nous prenons conscience du reflet de Dieu qui se trouve dans tout ce qui existe, le cœur expérimente le désir d’adorer Dieu pour toutes ses créatures et avec elles, comme cela est exprimé dans la belle hymne de saint Françoise d’Assise (…) » (n°87).

    Projet de vie SVE n°29 : « L’amour de Dieu toujours présent dans l’histoire des hommes nous crée chaque jour. Par la prière nous exposons tout notre être à cet amour. Nous nous recevons de lui et « nous le cherchons en toute chose »(Saint Ignace). Comme Jésus nous mettons la contemplation au cœur de notre vie». Dans cette citation, l’amour de Dieu est surtout vu dans l’histoire humaine. Pourtant en mentionnant Jésus nous prenons aussi en compte sa manière de regarder son environnement et d’y puiser un véritable enseignement que l’on retrouve particulièrement dans ses paraboles.

    • Respecter toute la création par des actes concrets.  Cela veut dire promouvoir la préservation de la biodiversité des plantes et des animaux. Cela invite aussi à promouvoir la diversité de nos groupes humains avec leurs cultures. Ce respect est actif, il suppose un changement profond dans la manière de consommer, de vivre ensemble. C’est une conversion personnelle tout en sachant que nous pouvons peser ensemble sur les politiques économiques, agricoles, technologiques…

    Laudato Si n°206 « Un changement dans les styles de vie pourrait réussir à exercer une pression saine sur ceux qui détiennent le pouvoir politique, économique, social ».

    Laudato Si n°223 : « la sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie (…) mais tout au contraire (….).On peut vivre intensément avec peu, surtout quand on est capable d’apprécier d’autres plaisirs et qu’on trouve satisfaction dans les rencontres fraternelles, dans le service, dans le déploiement de ses charismes, dans la musique et l’art, dans le contact avec la nature, dans la prière. »

    Ce changement de style de vie est promu dans la SVE en particulier dans l’appel à la pauvreté et disponibilité.

    Projet de Vie SVE n°44 : « A la suite du Christ, humblement, nous faisons le choix de la pauvreté et nous voulons renoncer à toute forme de domination, à tout esprit de possession. Nous acceptons de remettre en cause les conditionnements culturels, familiaux et professionnels qui seraient obstacle à la communion et au partage. Ce renoncement et ce détachement, vécu dans la joie et pour un plus grand amour, nous libèrent de nos pesanteurs et de nos peurs. Nous pouvons goûter la vraie liberté du cœur et rejoindre en humanité les plus démunis ».

    • Devenir de plus en plus cohérent entre notre foi et notre style de vie. Nous savons que cette cohérence est nécessaire pour devenir des témoins crédibles. Nous savons aussi qu’il est difficile d’atteindre cette cohérence dans tous les domaines de nos vies. Nous pouvons faire très attention à ce que nous mangeons mais pas du tout dans nos modes de transport ; ou plus grave, être très indifférents à nos frères exclus du système économique ! Nous pouvons partager avec nos proches et oublier le reste du monde. Le manque de cohérence laisse de l’insatisfaction tandis que la cohérence aboutit à la paix et à la joie intérieure. Ce que nous vivons là à titre personnel se reproduit à l’échelle du monde. Il est urgent de travailler à une plus grande cohérence des politiques mondiales pour avancer sur le plan environnemental et sociétal.

    Laudato si N°91 : « Le sentiment d’union intime avec les autres êtres de la nature ne peut pas être réel si en même temps il n’y a pas dans le cœur de la tendresse, de la compassion et de la préoccupation pour les autres êtres humains. L’incohérence est évidente de la part de celui qui lutte contre le trafic d’animaux en voie d’extinction mais qui reste complètement indifférent face à la traite des personnes, se désintéresse des pauvres (…) »

    N° 139 (fin) : « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale ».

    Projet de Vie SVE n° 52 et 53 : « Dans un monde souvent indifférent ou étranger à l’Evangile, nous devons avoir le souci, par nos comportements et nos paroles, d’être signe de la tendresse infinie de Dieu et d’être artisan de paix » ; « Nous voulons favoriser la solidarité entre les hommes, participer à la construction d’un monde plus humain, fondé sur des relations vraies et désintéressées. Nous saurons nous réjouir des efforts de paix et de cordialité qui animent le monde, contester les comportements individualistes et mettre en œuvre des formes concrètes et personnelles de fraternité. »

    Conclusion

    Avec Pierre de Clorivière et Daniel Fontaine nous avons développé une spiritualité profondément contemplative et sociale. Ces accents se retrouvent dans notre Projet de vie SVECJ et nous rendent proches et réceptifs à cette encyclique Laudato Si. C’est une chance et une responsabilité. Une chance parce que cet appel du pape nous nourrit et nous fait du bien ; c’est une responsabilité parce que nous avons à promouvoir cette écologie intégrale là où nous sommes, dans nos propres contextes de vie.

    Gwennola Rimbaut – SVECJ

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