Temps de lecture : 11 minutes(Last Updated On: 28 février 2022)

Un horizon pour avancerSi Jean-Luc Fabre nous a ouvert des horizons pour avancer, mon intervention (Christophe Decherf) est plutôt pour que nous nous disions quel horizon nous donne la SVE. Il y a néanmoins une impasse c’est de penser que nous, nous l’avons cet horizon réclamé par tous (il y a « les autres » et il y a « nous » !). Non ! Comme le peuple de Dieu qui arrive en terre promise c’est encore le « désert », la violence ; ce n’est pas acquis ; Ne fut-ce que parce que nous sommes confrontés au vieillissement et au non-renouvellement de l’Eglise là où nous sommes, comme de nos équipes. Et ce que le rapport de la Ciase révèle, plombe encore plus notre situation.

L’horizon du monde

Quel chemin encore chaotique depuis la déclaration « Sortir » à l’issue des dernières assemblées en 2014 (AG SVE et fédérale CU). Déclaration pleine d’optimisme (qui nous apparait aujourd’hui comme un texte des 30 glorieuses !). C’est tout un contexte… « S’ouvrir au monde » n’est-ce pas une expression qui de nos jours appartient à l’économie et à la finance ? (Elle se rapporte à l’ouverture à des intérêts étrangers et à la liberté totale de certains pouvoirs économiques d’investir sans entraves dans tous les pays).
Notre horizon est bouché. Nos sociétés occidentales (France/ Belgique) sont de plus en plus des sociétés de frustration ;

• « Nous accumulons des droits et des biens, sur un fond de ressentiment » (E. de Moulin Beaufort, archevêque émérite de Paris). i.e. nous ne sommes pas heureux
• Notre société est toujours plus mondialisée et donc nous rapproche, mais en fait elle ne nous rend pas plus frère (Pape François – Fratelli Tutti n°15).

Nous participons de cette société dépressive. En bateau, quand on est atteint par le mal de mer il faut monter parait-il sur le pont et essayer de regarder au loin.

Appeler Dieu et s’en remettre à Lui

« Lorsque nous sommes confrontés à des choix et à des contradictions le fait de se demander quelle est la volonté de Dieu nous ouvre des opportunités inattendues. J’appelle ces nouvelles opportunités des débordements, car elles font souvent sauter les digues de notre pensée »

Un temps pour changer – p. 37.

Oui le Seigneur est avec nous ;

La prière d’alliance

Cette prière si chère à St Ignace (et que nous aimons pratiquer au soir de la journée) donne un horizon.

J’ai relu la visite dans ma rue passante, la veille de Noël, d’une voisine que je connaissais si peu ; « Joyeux Noël ! » m’a-t-elle lancé avec une boite de chocolats et un grand sourire. « Comment vous nous appelez ? » « Naïma » ; elle est maghrébine et musulmane. He bien ça m’a relancé incroyablement ; un horizon de fraternité d’un coup m’était donné. C’est possible de s’entendre ! A contrario « le monde entier est sans abri si nous ne parvenons pas à vivre ici avec les autres ». Oui relisons, pour reconnaitre la présence du Seigneur avec nous.

La force de nos groupes

Nos groupes aussi sont des lieux de discernement pour reconnaitre là où le Seigneur m’attend (les uns par les autres, notre expression devant d’autres nous engage). C’est aussi un lieu de prière ensemble


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L’horizon de la Parole de Dieu

Ainsi, au moment de l’entrée en terre promise, Josué, à la suite de Moïse, puis les juges ensuite. Ceux qui, tout en étant pécheurs, appellent Dieu et s’en remettent à Lui dans un rapport filial, peuvent par le fait même entrainer le Peuple et habiter la terre. Mais c’est la Parole elle-même, l’expérience que nous faisons de prier avec la Parole ; elle nourrit, elle soutient notre

L'Horizon de la Parole de Dieu

marche. Il arrive que cette prière d’oraison avec la Parole nous fasse passer du savoir que Dieu est avec nous à l’expérience vive, sentie, qu’il est « Mon sauveur et mon Dieu », à nos côtés. Et cela ouvre l’horizon.

Autrement dit, c’est ce que Paul disait aux chrétiens de Rome : « Ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le

renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plait, ce qui est parfait » (Rm 12, 2).

Marcher, avancer, répondre !

Le Seigneur est avec nous

Avec le Seigneur nous avons du répondant (!) dans les situations compliquées. Parce que nous savons que le Seigneu

r est avec nous, nous pouvons saisir le temps qui nous est donné comme une opportunité pour notre vie et celle des autres, une occasion pour l’action et la décision. St Paul disait « le temps se rétrécit si je ne prends pas position pour l’action ». Et pour cela, comme un coureur/ un skieur/ un marcheur, il invite à ressaisir ce qui nous est donné et être prêt à s’élancer (1 Cor 7). C’est connu « pluie du matin n’arrête pas le pèlerin », mais le grognon trouvera toujours une raison pour ne pas mettre le nez dehors. La confiance c’est accueillir et ressaisir tout ce qui nous est donné pour se mettre dans la course.

Equipe SVECJVivre le temps présent

« Si nous chrétiens nous ne vivons pas le temps présent comme occasion de décision et d’action le monde entier se replie » (Frédéric Boyer dans La croix l’hebdo oct. 2021). Si nous nous résignons l’horizon disparait autant pour nous que pour ceux qui nous entourent et le monde.
En fait, ce n’est pas parce qu’il y a un horizon que nous marchons, mais un horizon se dégage parce que nous marchons, en cohérence avec notre foi.

« En marche » nous dit André Chouraqui plutôt que la traduction habituelle « Heureux… » (Texte des Béatitudes Mt 5). Cela nous invite à ne pas fuir les expériences douloureuses qui touchent immanquablement notre vie et celle de nos proches. La vie n’est pas en opposition à la mort, mais elle est traversée de mort.

Engagements

Un mot sur les « engagements » auxquels nous invitent la SVE et la FCU. Celle/celui qui a fait un pas (entrée en formation puis engagements temporaires et définitif) fait l’expérience que ce n’est pas la personne qui s’engage ; mais elle/il reçoit la certitude profonde, intérieure et joyeuse, que c’est le Seigneur qui s’engage avec lui et pour lui. Mais alors, c’est un horizon immense qui s’ouvre à nous et tout ce que nous portons, puisque le Seigneur est engagé avec nous.

Dans un horizon de communion

Ce qui soutient notre marche, membres de la SVE c’est vraiment un horizon de communion.
Ecoutons ce qui est dit de nous par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, dans le décret où elle reconnait en 2002 la SVECJ comme Association de droit pontifical.

 A partir de 1970, lorsque l’institut séculier sacerdotal du Cœur de Jésus commença à partager son charisme avec d’autres fidèles, se constitua un groupe accueillant hommes et femmes, célibataires et personnes mariées, laïcs et ministres ordonnés, tous désireux d’un chemin particulier de sanctification, convaincus que de la mise en valeur des divers états de vie jaillirait une fécondité apostolique

Déjà la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique remarquait la fécondité qui peut être donnée du fait de partager en étant différents. Ce texte d’approbation de la SVE comme association de droit pontifical poursuit

La congrégation souhaite que la spiritualité de communion, fondement de l’association, soit « épiphanie de l’amour de Dieu » dans le monde et dynamise la mission sur les nouvelles frontières de l’évangélisation et du service de tout homme ».

L’horizon de nos différences

De nos différences partagées jaillit notre (commune) vie baptismale.
Le mélange de nos états de vie différents, dans une recherche de communion (pour nous entendre, nous comprendre, nous tourner ensemble vers Dieu notre Père par la prière), nous ouvre à un état plus grand : la vie baptismale… L’Eglise voit dans le baptême ce qui s’est passé lors du baptême de Jésus « Tu es mon enfant bien aimé ; en toi je trouve ma joie » (ou je m’engage/j’ai du plaisir à t’engendrer). Un acte fondateur qui a des conséquences durables et qui sans cesse peut s’actualiser. Le baptême nous arme pour la mission, nous ouvre, nous permet d’avancer dans la confiance et la joie.

Consécration baptismaleNotre baptême nous ouvre l’horizon

Cette vie baptismale se donne à voir dans des vies concrètes. 102 catéchumènes seront baptisés à Pâques dans le diocèse de Cambrai. Le responsable diocésain du catéchuménat exprime que ce qui les a amenés et les a fait poursuivre c’est la rencontre avec un croyant, un chrétien croyant, qui les a touchés. Regardons celles et ceux qui au sein de la SVE ou de la Famille Cor Unum rencontrés au cours d’une récollection ou une retraite en famille sont des repères pour nous, qu’ils soient encore vivants ou décédés. Leur inscription sociale et leur engagement dans la prière nous font avancer.

Nos fondateurs

Oui des personnes nous rappellent l’horizon ; outre notre Père St Ignace citons d’autres fondateurs pour nous ; Le Père Pierre de Clorivière appelant à l’oraison et faisant preuve dans une époque troublée d’audace, d’inventivité et de force. Certains d’entre nous seront plus sensible à l’abbé Daniel Fontaine (figure de l’engagement social au nom de l’Evangile). Enfin d’autres seront marqués par la résistance de Mgr François-Xavier VanThuan à l’oppression politique au Vietnam (13 ans emprisonné).

Placés au coeur du Monde

Notre spiritualité du cœur nous place au cœur du monde, comme le Christ l’a été, là où nous sommes dans des solidarités humaines, avec notre cœur qui recherche Celui de Dieu. Même si nous ne sommes pas à la hauteur de cet horizon, même si le contexte est un tohubohu cacophonique notre parole et notre témoignage de vie portent. Mais, comme pour nos fondateurs, le bonheur de nos vies est affaire de filiation/communion.

L’horizon de la vie éternelle

La « vie éternelle » c’est la communion/filiation, aujourd’hui. La SVE nous la propose.
Remarque de l’une d’entre nous à propos du Nouveau Missel : « pourquoi ne pas avoir remplacé l’expression « vie éternelle » par le mot « communion » ?! » C’est cette vie de communion que recherchent les personnes (plutôt qu’une vie lointaine, « longue » et « après la mort ».

devenir fils pour horzion

Valérie Le Chevalier relit la parabole des deux frères pratiquent pas assez…). Leur horizon à l’un et à l’autre étaient fermés. « Les deux frères se sont manqués » p. 98.  S’ils s’étaient ouverts à l’amour du Père pour eux (la filiation) leurs relations au frère et à eux-mêmes en auraient été changées. C’est ce que notre Projet de vie nous propose :

Saisis par un amour qui précède le nôtre, nous sommes appelés à nous livrer, totalement et sans réserve, au souffle de l’Esprit et nous le laissons habiter, orienter et unifier notre vie selon chacune de ses dimensions

Projet de vie n°6

Dans toutes ses dimensions… celle d’une vie plus fraternelle, celle de la recherche d’une vie avec Dieu. Je reprends la visite de Naïma la veille de Noël pour me souhaiter un bon Noël et m’apporter une boite de chocolat. Pourquoi suis-je touché par sa démarche ? Bien sûr une pratique de la relecture d’alliance et de la révision de vie m’a appris à reconnaitre le passage de Dieu qui m’apprend quelque chose pour ma vie. Mais j’apprends que ma vie baptismale n’est pas qu’une relation entre Dieu et moi. Elle est, bien plus, une relation du monde (et moi en ce monde) avec Dieu.

Vivre l’horizon de communion dans la quotidien

Ce monde encore pris dans les mailles de la violence et des replis identitaires est le lieu où Dieu, qui nait par surprise, se fait homme et grandit. Quelle amplitude nous est ainsi donnée pour avancer ! Je doutais de l’humanité une et je la découvre réelle, avec l’envie nouvelle de prendre ma part pour la continuer. L’horizon de communion entre l’humanité et Dieu est donc vécu au jour le jour dans les rencontres du quotidien

Le Cœur du Christ, lieu de la plus grande communion

Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils. L’Evangile est la révélation de cet amour et l’avènement de cette proximité

 

Livre de Vie de la famille Cor Unum n°11.

Je suis aimé, et je continue de découvrir comment et combien Jésus-Christ s’est donné pour le monde.

L’une de nous était désolée de ne pouvoir continuer le catéchuménat. Son médecin lui demande de faire du sport. Et voici qu’elle découvre un réseau associatif qu’elle ignorait, dans sa ville, et le découvre dans le cœur du Christ.

En Jésus-Christ Dieu se fait non seulement chair, mais « frère » disait Christian de Chergé. Ce que disait  :

Alors j’ai levé les yeux et je n’ai plus vu que Jésus seul ; Jésus seul pour but, Jésus seul pour maitre…, Jésus… pour modèle… guide… Joie… richesse… Ami

Bernadette (prière à côté de la chasse)

L’horizon est une Personne ; et quelle Personne !

Vers une plus grande Communion

Autour de nous le bien et le bonheur sont associés à la consommation avec la conséquence de devenir esclave de biens matériels, et que beaucoup soient oubliés le long de la route. Nous ne pouvons pas nous y résigner. Continuons à mettre en œuvre la communion reçue ; Préférer le long terme au court terme, choisir de vivre le partage avec d’autres, cela nous faire vivre une expérience de communion fraternelle, une réalité nouvelle de liberté et de joie. Consentir à la perte nous ouvre à l’accueil de ce qui vient à nous. Une vie nouvelle ; « moins de biens et plus de liens ».

Vers un horizon de communion

Avançons dans cet horizon de communion, même si notre Eglise est petite et si le monde dans lequel nous avançons est violent et inquiet. Ce que nous disait Joseph Ratzinger il y a 50 ans :

De la crise d’aujourd’hui émergera une Eglise qui aura perdu beaucoup. Elle deviendra petite et devra repartir plus ou moins des débuts. Elle ne sera plus en mesure d’habiter la plupart des édifices qu’elle avait construit au temps de sa prospérité. Et, étant donné que le nombre de se fidèles diminuera, elle perdra aussi une grande part de ses privilèges sociaux… mais, malgré tous ces changements que l’on peut présumer, l’Eglise trouvera de nouveau et avec toute l’énergie ce qui lui est essentiel, ce qui a toujours été son centre : la foi en Dieu Un et Trinitaire, en Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, avec l’Esprit Saint qui nous assiste jusqu’à la fin des temps » […]

 

« Les hommes qui vivront dans un monde totalement programmé vivront une solitude indicible. S’ils ont perdu complétement le sens de Dieu, ils ressentiront toute l’horreur de leur pauvreté. Et ils découvriront comme une espérance pour eux -mêmes, la réponse qu’ils avaient toujours cherchée en secret » […] « L’Eglise connaitra une nouvelle floraison et apparaitra comme la maison de l’homme, où trouver vie et espérance au-delà de la mort »   Foi et Avenir, Paris, Mame 1971

Christophe Decherf, SVECJ

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