prière d'AllianceLa miséricorde de notre Dieu est infinie. Nous n’aurons jamais fini de la découvrir et de nous laisser surprendre par elle. Le pardon reçu du Seigneur est un élément essentiel de toute vie spirituelle. Nous sommes, d’abord et avant tout, des pécheurs pardonnés, par grâce. Pour nous ouvrir et nous disposer à cette grâce, trois scènes d’évangile, rapidement :

  • La femme adultère

Pour illustrer la gratuité du pardon : Lorsque la femme adultère (Jn. 8, 3-11) est entraînée par un fort groupe de scribes et de pharisiens, elle sait qu’elle est morte. Ces hommes veulent la lapider. Et, quand le groupe s’arrête devant Jésus, elle s’attend à une parodie de jugement expédié rapidement. Quelle n’est pas sa surprise en entendant d’abord le lourd silence qui s’installe, après le réquisitoire prononcé contre elle. Quand enfin la sentence tombe, elle n’en croit pas ses oreilles. En les voyant partir un à un, en commençant par les plus vieux, elle comprend enfin qu’elle est sauvée. Sidérée, elle reste plantée là, sans arriver à reprendre ses esprits, mais elle finit par entendre le maitre qui lui parlait : « …Personne ne t’a condamnée ? » Elle répond, machinalement : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne condamne pas : va, et désormais ne pèche plus ! » Dans son regard, elle entendit intuitivement, qu’elle était pardonnée par Dieu lui-même, gratuitement, et que, si son cœur restait ouvert, elle trouverait la force nécessaire pour ne plus pécher.

  • Les dix lépreux

Sur l’importance de recevoir ce pardon : Un jour (Lc. 17, 12-19), Jésus rencontra à l’entrée d’un gros village, dix lépreux, qui lui demandaient une guérison. Il leur dit d’aller voir les prêtres, seuls habilités à faire les certificats de guérison. Ils y vont, bien sûr. Mais, en route, ils se rendent compte que la guérison est faite. Alors, les voilà partis, chacun de son côté, pour partager leur joie et envisager l’avenir avec ceux qui leur tiennent le plus à cœur : parents, femme, ou patron qui les employait avant. Un seul revient pour rendre grâce devant Jésus. Les autres ont pu prendre du temps pour rendre grâce à Dieu dans leur cœur, Jésus ne les critique pas ; mais il s’étonne tout de même qu’un seul revienne. A lui seul, il dira formellement : « Relève-toi, va. Ta foi t’a sauvé. »

  • La Samaritaine

Pour en vivre : la samaritaine (Jn. 4, 28-30 et 39-42), ayant laissé sa cruche, remonte vers le village. Elle ressent une mystérieuse paix intérieure. Comme si son entretien avec Jésus avait bouleversé toute sa météo interne. Maintenant elle se sent capable de parler, même publiquement, à tous ces gens qu’elle fuyait avant, jusqu’à venir puiser l’eau en plein midi !, parce qu’ils la jugeaient et la méprisaient tout en profitant d’elle abusivement. Et elle criait à travers les rues : « Venez donc voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville et allèrent vers lui et, au bout du compte, ils disaient à la femme : « Ce n’est plus seulement à cause de tes dires que nous croyons ; nous l’avons entendu nous-même et nous savons qu’il est vraiment le sauveur du monde. » Voilà ce que peut accomplir la miséricorde de Dieu, à travers une personne qui accueille son pardon, ose y croire et décide de vivre.

Pour vivre cela jour après jour, et se laisser surprendre et transformer par la miséricorde de notre Dieu, un « exercice spirituel » tout simple, à vivre de préférence en fin de journée. Cet « exercice spirituel » est avant tout une action de grâce, et non pas, comme beaucoup l’ont cru, un examen de conscience moral, fait avec une lucidité plus ou moins maladive, et portant sur ce que nous avons fait de bien ou de mal.

Pour S. Ignace, il s’agit, avant de nous coucher, de prendre quelques instants pour nous rappeler les moments où j’ai perçu la présence de Dieu pendant la journée, où j’ai été attentif à son amour et sa bonté, puis de lui dire notre merci, dans un colloque profondément reconnaissant. Si, durant cette prière, nous revenaient en mémoire, certaines fautes, certaines résistances à l’ Esprit Saint, notre cœur lui en demandera pardon très simplement.

Ainsi cette prière du soir nous rend-elle tous les jours attentifs à la relation que nous avons, jour après jour, avec le Seigneur et aux motions que nous recevons du Saint Esprit (Gal. 5,25) ; elle nous dispose à vivre dans la droiture, l’obéissance, le service du Royaume, la louange et l’action de grâce.

François de Valroger, sj

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