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Aimer l’eucharistie : le repas des noces de l’AgneauJe suis toujours impressionné par la joie de ceux qui préparent les repas pour leur famille, leurs amis. Ils y pensent longtemps avant, ils réfléchissent au menu, cherchent les meilleurs produits, les assaisonnements. Ils font le lien entre les plats choisis et les personnes et sont ainsi heureux de manifester leur amour, leur amitié. C’est leur bonheur. Le bonheur de Dieu notre Père, du Fils notre Frère, de l’Esprit notre Mère est de nous recevoir à leur table : « heureux vous qui êtes invités à la table, au repas du Seigneur » (Icône d’Andreï Roublev). L’eucharistie est l’expression de l’amour familial de la Trinité miséricordieuse.

Un repas pour tout l’univers

Le repas auquel Dieu notre Père nous invite est préparé depuis la création du monde. « Père très saint  nous proclamons que tu es grand et que tu as créé toutes choses, avec sagesse et par amour : tu as fait l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers afin qu’en te servant toi son Créateur, il règne sur la Création (prière eucharistique IV)

Lorsque nous offrons le pain et le vin avec la goutte d’eau qui symbolise les nations nous venons avec le travail de l’humanité toute entière, des hommes et des femmes. (Quand j’offre le vin j’aime penser à toutes les femmes œnologues que j’ai connues dans la région de Vézelay). Nous prononçons les bénédictions de la liturgie juive. Nous évoquons la création du monde, les premières semences, le repas d’Abraham, la Pâque, la manne.

Le dimanche : jour de la création et communion

Irénée de Lyon, au deuxième siècle, écrit : « A ses disciples aussi Jésus conseillait d’offrir à Dieu les prémices de ses propres créatures non que celui-ci en eût besoin, mais pour qu’eux-mêmes ne fussent ni stériles ni ingrats. Le pain qui provient de la création, il le prit, il rendit grâce dire : « Ceci est mon corps ». Et la coupe pareillement qui provient de la création dont nous sommes il la déclara son sang et il enseigna qu’elle était l’oblation nouvelle de la nouvelle alliance ». Le Père Teilhard de Chardin célébrera ainsi la messe sur le monde. Le dimanche est le jour de la création et de la résurrection. « Tu ne cesses de rassembler ton peuple afin qu’il te présente partout dans le monde une offrande pure (prière eucharistique n°III) ».

Partager le r Pâque du Christ

Nous participons essentiellement à la Pâque du Christ: « Où veux-tu que nous préparions la Pâque ? »  C’est la Pâque de Jésus, nous la vivons avec lui. Le bonheur de Jésus est de transformer notre pain, notre vin en son corps et en son sang. Telle est la prière que nous adressons à notre Père : «

Que la force de ton Esprit fasse de nous , dès maintenant et pour toujours, les membres de ton Fils ressuscité par notre communion à son corps et à son sang  (1ère prière pour les circonstances particulières)

Nous devenons Celui que nous recevons. Nous prions :

accorde, à tous ceux qui, vont partager ce pain et boire à cette coupe d’être rassemblés par l’Esprit saint en un seul corps, pour qu’ils soient eux-mêmes dans le Christ une vivante offrande à la louange de ta gloire (prière eucharistique IV).

Notre vie intéresse Jésus

L’eucharistie est un grand merci, une action de grâces pour les merveilles que fait le Seigneur. L’eucharistie est gratitude. C’est une reconnaissance joyeuse pour le Seigneur ressuscité qui nous éclaire sur les évènements de nos vies par sa Parole. «  Quels évènements ? ». Jésus s’intéresse à notre existence quotidienne et lui donne sens. « Nos cœurs n’étaient-ils pas tout brûlants quand il nous expliquait les Écritures ». Les disciples d’Emmaüs le reconnaissent à la communion dans l’amourfraction du pain et voudraient le retenir. Cette reconnaissance se transforme en joie d’annoncer la marche, l’échange, le partage avec Jésus ressuscité. On pourrait dire qu’« ils eucharistient ». Comme chacun, chacune de nous à chaque messe . « Nous présentons cette offrande vivante et sainte pour te rendre grâce (Prière eucharistique III) ».

Responsable du repas pascal

Pensons à ces multiplications des pains que Jésus réalise parce qu’il est bouleversé par la foule affamée. Il vit ce qu’il nous demande :  nous avons faim et il nous donne à manger. Jésus organise. Il fait asseoir la foule . Pas n’importe où, ni n’importe comment. L’Eucharistie est une assemblée. Il donne des responsabilités à ses disciples. Il multiplie ce qui lui est donné : cinq pains et deux poissons donnés par un jeune pour cinq mille hommes… sans compter les femmes et les enfants… Qu’importe la petitesse du don ! Jésus sait donner une dimension sans limites à nos dons. Le plus petit acte de pur amour est plus utile à l’humanité que des œuvres extraordinaires. Rien ne sera perdu. Dès lors, les plus petites choses de l’existence se chargent d’infini et en deviennent porteur.

Pas d’eucharistie sans service

Le sacrifice de la Pâque

« Deux fois Jésus dit : «  faites cela en mémoire de moi ». D’abord dans les synoptiques lorsqu’il renouvelle le sacrifice de la Pâque, qu’il confie ce mémorial sacramentel, ce mémorial sacrificiel de louange à ses disciples, qu’il les invite à renouveler l’alliance, à célébrer sa mort et sa résurrection, qu’il leur dit : faites ceci en mémoire de moi (Luc 22,19 ; 1 Co 11,24)

Le lavement des pieds

Et ensuite en Saint Jean lorsqu’il leur lave les pieds et qu’il leur dit de faire la même chose, de renouveler son geste d’humilité (Jean 13,15).
Il nous faut tenir unies ces deux demandes du Seigneur. Pas d’Eucharistie sans le service d’un humble amour (Isaïe 53), pas de célébration liturgique
de la Passion sans profonde compassion. Consacrer le pain et le vin exige de se consacrer aux pauvres, au service des frères.

Eucharistie et notre projet de vie

Un corps pour aimer

Le projet de vie de la SVE sur l’Eucharistie est un appel :

Nous aurons à cœur de recevoir régulièrement la nourriture et le pardon par l’eucharistie et le sacrement de réconciliation. Ces sacrements manifestent et renforcent notre communion ecclésiale  (n°30).

L’assemblée eucharistique est invitée à faire communion dans l’amour.

Ton Esprit travaille au cœur des hommes : et les ennemis enfin se parlent, les adversaires se tendent la main, des peuples qui s’opposaient acceptent de faire ensemble une partie du chemin (2ème prière pour la réconciliation)

On sait que le pain a besoin pour devenir pain d’être le fruit de tous ces grains malmenés, broyés, moulus, fondus en une même poudre, Jésus applique à lui-même cette image : son corps, qui se donne par amour jusqu’à la mort, va être anéanti, broyé. Ce corps devient nourriture pour celui qui décide à sa suite d’aimer sans compter, de pardonner dans l’espérance de la résurrection. « Tu n’as voulu ni holocauste, ni sacrifice alors j’ai dit : voici je viens », c’est le sacrifice de louange sacramentel, le don de la Vie.

L’eucharistie nous engage

Jésus nous fait comprendre que l’union des humains avec lui n’est pas seulement spirituelle, mais elle engage toute la réalité quotidienne : pandémie, guerres, tyrannies, cancers, violences. Si Jésus prend chair, c’est pour redonner à la chair toute sa grandeur. C’est nos souffrances, nos péchés qu’Il portait. L’Eucharistie est un appel à la Paix, à la réconciliation, avant chaque communion. Jésus pouvait déjà dire : « Vous n’aurez pas ma haine ». « Lorsque tu présentes ton offrande et que tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens et présente alors ton offrande ». Justin témoigne dès les premières célébrations : « tout le monde s’embrasse ».

Une place pour les femmes

Le Christ est le seul prêtre. Les ministères ordonnés sont au service du sacerdoce commun et non l’inverse. L’exercice de ce sacerdoce ne consiste pas à célébrer des cérémonies, mais à transformer l’existence réelle en l’ouvrant à l’action de l’Esprit saint et aux impulsions de la charité divine. Le danger de faire du prêtre chrétien un nouveau prêtre ancien n’a pas toujours été évité (cardinal Albert Vanhoye). Les femmes ont leur place dans la liturgie. Ce n’est pas une concession. S’il y a bien une personne, une femme qui peut dire en vérité : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, c’est bien Marie au pied de la Croix .

Clorivière et l’eucharistie

Le Père de Clorivière contemple le don personnel de Jésus à chacun. « Dans son eucharistie, il se donne à chacun en particulier. Qui donc aima jamais ainsi, au point de ne rien réserver de soi-même pour tout livrer à la personne aimée ! C’est ainsi que Dieu a aimé les hommes. Comment se donne-t-il lui-même ? Sous l’apparence de pain et de vin, comme un aliment et une nourriture afin de devenir un avec celui qui le reçoit. L’amour tend à l’union, mais seul un amour divin et infini pouvait prétendre à réaliser une telle union. Dieu se faisant la nourriture de l’homme, c’est à la fois un excès d’abaissement et un prodige d’amour incomparable (La Passion et la Résurrection, p.14-15, Parole et Silence) ».

Personnellement, lorsque je célèbre, j’aimerais pouvoir dire non seulement : E« Ceci est mon corps, ceci est mon sang » mais encore : « Ceci est mon cœur ».

François Tricard (prêtre)
SVECJ

 

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