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Un temps pour changer Dans son livre Un temps pour changer (Éditions Flammarion, 2020) le pape François fait une relecture de la période liée à la pandémie Covid19. Il donne une grande place au discernement des esprits et met en application le discernement ignatien . Le pape nous montre comment il vit cette démarche et ce qu’elle produit pour penser l’avenir. Tous ceux qui vivent de la spiritualité ignatienne et bien d’autres personnes peuvent trouver là une aide précieuse.

Le pape décrit la finalité de discernement ainsi : « L’étape du discernement nous permet de demande : qu’est que l’Esprit nous dit ? » Et il ajoute des questions précises : Quelle est la grâce qui nous est offerte ici, pour autant que nous puissions l’embrasser ; et quels sont les obstacles et les tentations ? Qu’est-ce qui humanise et déshumanise ? Où est cachée la Bonne Nouvelle dans l’ombre, et où est le mauvais esprit habillé en ange de lumière ? ». Ce sont des questions qui traversent les chrétiens et des hommes et des femmes de bonne volonté face à la complexité du monde. Comment se diriger sans tomber dans des impasses ? Comment décider et choisir sans se laisser berner par des réponses séduisantes, mais nocives ?

Le discernement s’enracine dans une attitude d’ouverture et de patience

Le discernement est une manière de vivre une ouverture au réel, à tout ce qui nous entoure. Il s’agit de commencer par regarder (le positif comme le négatif) sans se précipiter dans une décision et une action. Discerner c’est laisser venir à soi ce qui advient dans une attitude d’accueil contemplatif. Avoir de l’attention aussi aux germes qui poussent et qui sont moins visibles que la forêt des difficultés ! Tout le monde est capable de ce regard s’il renonce à rester centré sur lui-même et s’il suspend son jugement premier souvent instinctif. Laisser venir à soi sans avoir immédiatement une réponse ! Écouter (entendre) en laissant de côtés nos idées reçues, nos schémas de pensée. Il est vrai que ce n’est pas si facile surtout quand on est pressé, suractif, ou encore un peu rigide ou rempli d’un pessimisme défaitiste.

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Aller vers ce qui fait signe

Le chrétien a la chance de pouvoir demander de l’aide à Dieu pour vivre cette ouverture, avant de déposer devant Lui ce qui a été accueilli. Alors vient le moment spécifique du discernement. Il faut alors repérer ce qui vient de Dieu et qui fait signe, appel, vers un chemin qui mène vers plus de vie et d’humanité. Le pape appelle cela un « débordement ». C’est-à-dire une sollicitation à faire un pas dans une direction qui n’avait pas été forcément pensée avant.

Entrer dans un discernement, c’est résister à l’envie de chercher la satisfaction apparente d’une décision immédiate et être au contraire à tenir différentes options devant le Seigneur, en attendant ce débordement » (p.38)

Le discernement suppose de distinguer ce qui vient de Dieu ou du mauvais esprit

Nous avons toujours peur ici de nous tromper. Mais le pape François nous encourage. Il nous rappelle que la langue de Dieu est très différente de la langue des mauvais esprits.

Dieu ne force jamais la liberté humaine, il offre douceur et consolation. Il encourage et donne de l’espérance à celui qui l’écoute. Dieu nous ancre dans le présent sans nous faire regretter le passé ni avoir peur de l’avenir.

L’action des mauvais esprits est bien différente : ils entrainent vers des « illusions éblouissantes et des sensations tentantes […] mais éphémères » (p.94). Les esprits mauvais peuvent aussi nous mettre dans le regret permanent du passé et nous décourager d’envisager un autre avenir.

Ces différences ne sont pas toujours perçues sur le moment, mais en prenant garde à l’évolution de nos sentiments – la paix et la joie, le courage d’avancer, ou au contraire la déception, l’insatisfaction et la peur du lendemain – le doute s’éteint.

Les signes des temps pour l’avenir du monde

Dans son discernement, le Pape constate la résistance de nombreuses femmes et leur rôle prépondérant en ce temps de pandémie (70% de femmes dans la santé !). Il relie ce signe à celui des femmes des Évangiles. Ces dernières n’hésitent pas à aller embaumer le corps de Jésus et qui sont les premières à entendre cette Bonne Nouvelle : « il n’est pas ici, car il est ressuscité » (Mt 28, 6). Ce constat le remplit de joie : c’est peut-être un signe de l’Esprit… Est-ce que l’avenir dépendrait d’une plus grande prise en compte du point de vue des femmes ? Le pape François y accorde en tout cas une grande attention. Il n’hésite pas, d’ailleurs, à consulter des économistes femmes pour leur approche différente, plus relationnelle.

Le pape espère beaucoup des mouvements populaires

Ce n’est pas le seul signe des temps souligné. François espère beaucoup dans les « mouvements populaires » c’est-à-dire dans tous ces groupes de personnes souvent précaires qui s’organisent de manière solidaire en vue d’améliorer leur vie personnelle, familiale et sociale. Ce signe nous vient beaucoup des pays pauvres d’Asie, d’Amérique Latine. La marche des paysans sans terre, les habitants d’un bidonville s’organisant pour des améliorations, les femmes qui réclament justice vis-à-vis des « disparus » lors des dictatures… le Pape ne précise pas tous ces mouvements, la liste serait longue ! Il nous alerte sur l’importance d « embrasser les périphéries » et de « retrouver la sagesse cachée dans nos quartiers que les mouvements populaires rendent visible » (p. 188). En somme les signes sont à regarder à partir des périphéries dont il faut se faire proche pour les voir et les entendre.

Appel

N’est-ce pas l’appel de la Famille Cor Unum en 2014, à la suite de François : « Aller aux périphéries » (2014) ? Nous y engageons notre fidélité dans la suite de Jésus-Christ et le Pape nous montre que c’est aussi un enjeu de discernement pour l’avenir de tous. A nous de faire ce travail de lecture des signes des temps dans la prière prolongée, à partir de nos ancrages de vie, de nos rencontres de personnes en difficulté, d’attention aux initiatives locales, d’intérêt pour les analyses qui éclairent notre réalité sociale… Nos fondateurs, Pierre de Clorivière et Daniel Fontaine, nous ont montré la fécondité de ce chemin.

Gwennola Rimbaut, SVECJ

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