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Le 18 septembre 2021, le pape François s’est adressé aux fidèles de Rome, son diocèse. Dans son discours, il explique ce que signifie pour lui la synodalité. Il explique qu’il nous faut avoir au cœur une “inquiétude intérieure”. Ce thème est au cœur d’une démarche qui va mobiliser l’ensemble du peuple de Dieu  entre octobre 2021 et octobre 2023. En équipe, nous pouvons reprendre les quelques extraits proposés ci-dessous et partager sur le sens que cela prend au cœur de notre vie, de notre engagement à la suite du Christ.

La synodalité et le pape François

Le thème de la synodalité ce n’est pas le chapitre d’un traité d’ecclésiologie, encore moins une mode, un slogan ou un nouveau terme à utiliser ou à exploiter dans nos réunions. Non ! La synodalité exprime la nature de l’Église, sa forme, son style, sa mission. Et donc on parle d’Église synodale, en évitant cependant de considérer qu’elle est un titre parmi d’autres, une manière de la penser qui offre des alternatives. Je ne dis pas cela sur la base d’une opinion théologique, pas même comme une pensée personnelle, mais en suivant ce que nous pouvons considérer comme le premier et le plus important « manuel » d’ecclésiologie, qui est le livre des Actes des Apôtres.(…).

Inquiétude intérieure

Le livre des Actes des Apôtres est l’histoire d’un voyage qui commence à Jérusalem et, à travers la Samarie et la Judée, poursuivant dans les régions de Syrie et d’Asie Mineure puis en Grèce, se termine à Rome. Cette route raconte l’histoire dans laquelle la Parole de Dieu et les personnes qui tournent leur attention et leur foi vers cette Parole marchent ensemble. La Parole de Dieu marche avec nous. Tout le monde est un protagoniste, personne ne peut être considéré comme un simple figurant. Il faut bien le comprendre : tout le monde est un protagoniste. Le protagoniste n’est plus le Pape, le Cardinal Vicaire, les évêques auxiliaires ; non : nous sommes tous protagonistes, et personne ne peut être considéré comme un simple figurant. Les ministères étaient alors encore considérés comme des services authentiques.

Écouter la voix de DIeu

Et l’autorité est née de l’écoute de la voix de Dieu et du peuple – sans jamais les séparer – ce qui a permis à ceux qui la recevaient de rester “en bas”. Le “fond” de la vie, auquel il fallait rendre le service de la charité et de la foi. Mais cette histoire n’est pas seulement en mouvement à cause des lieux géographiques qu’elle traverse. Il exprime une agitation intérieure continue : c’est un mot clé, l’inquiétude intérieure. Si un chrétien ne ressent pas cette inquiétude intérieure, s’il ne la vit pas, il lui manque quelque chose ; et cette inquiétude intérieure vient de sa propre foi et nous invite à évaluer ce qu’il est préférable de faire, ce qu’il faut maintenir ou changer.

Mouvement

L’histoire nous enseigne que l’immobilisme ne peut être une bonne condition pour l’Église (cf. Evangelii gaudium, 23). Et le mouvement est une conséquence de la docilité à l’Esprit Saint, qui est le metteur en scène de cette histoire dans laquelle chacun est mu par cette inquiétude intérieure, jamais immobile.

Disciples de l’Esprit Saint

Pierre et Paul ne sont pas seulement deux personnes avec leurs caractères, ce sont des visions insérées dans des horizons plus grands qu’eux, capables de se repenser en relation avec ce qui se passe, des témoins d’un élan qui les met en question, qui les pousse à oser, à se poser des questions, à changer d’avis, à se tromper, et à apprendre de leurs erreurs, surtout d’espérer en dépit des difficultés. Ce sont des disciples de l’Esprit Saint qui leur fait découvrir la géographie du salut divin, en ouvrant les portes et les fenêtres, en abattant les murs, en brisant les chaînes, en libérant les frontières. Alors il peut être nécessaire de partir, de changer de route, de dépasser les convictions qui retiennent et qui empêchent de bouger et de marcher ensemble. […]

Ne pas faire de discrimination

Le christianisme doit toujours être humain et humanisant, concilier différences et distances, les transformer en familiarité, proximité. Saint Paul VI aimait citer la maxime de Térence : « Je suis un homme, je ne considère rien de ce qui est humain comme étranger à moi ». La rencontre entre Pierre et Corneille a résolu un problème, elle a favorisé la décision de se sentir libres de prêcher directement aux païens, avec cette conviction – selon les paroles de Pierre – « que Dieu ne fait pas acception de personnes » (Actes 10, 34). Au nom de Dieu, on ne peut pas faire de discrimination. Et vous voyez, on ne peut pas comprendre la « catholicité » sans se référer à ce champ large et hospitalier, qui ne marque jamais les frontières. Etre Église c’est une manière d’entrer dans cette  ampleur de Dieu.

Sacrement de la promesse

Une Église synodale signifie une Église sacrement de cette promesse, qui se manifeste en cultivant l’intimité avec l’Esprit et avec le monde à venir. Il y aura toujours des discussions, mais il faut chercher des solutions en donnant la parole à Dieu et à ses voix parmi nous ; prier et ouvrir les yeux sur tout ce qui nous entoure ; pratiquer une vie fidèle à l’Evangile; en interrogeant la Révélation selon une herméneutique pèlerine qui sait sauvegarder le chemin commencé dans les Actes des Apôtres. Sinon, on humilierait l’Esprit Saint. Gustav Mahler estimait que la fidélité à la tradition ne consiste pas à adorer les cendres, mais à garder le feu. C’était un grand compositeur, mais il est aussi un maître de sagesse avec cette réflexion. 

Levain dans la pâte

Vous voyez combien notre Tradition est une pâte levée, une réalité en fermentation où nous pouvons reconnaître la croissance, et dans la pâte une communion qui s’accomplit en mouvement : marcher ensemble réalise la vraie communion. C’est encore le livre des Actes des Apôtres qui nous aide, en nous montrant que la communion ne supprime pas les différences. C’est la surprise de la Pentecôte, quand les différentes langues ne sont pas des obstacles : bien qu’étrangers les uns aux autres, grâce à l’action de l’Esprit « chacun entend parler de sa propre langue maternelle » (Ac 2, 8). Se sentir à la maison, différents mais solidaires sur ce chemin.

Membre du Peuple de DIeu

Il faut se sentir membre d’un seul grand peuple, destinataire des promesses divines, ouvert à un avenir qui attend chacun pour participer au banquet préparé par Dieu pour tous les peuples (cf. Is 25, 6). Et ici je voudrais préciser que même sur le concept de « peuple de Dieu » il peut y avoir des herméneutiques rigides et antagonistes, restant piégées dans l’idée d’exclusivité, d’un privilège, comme cela s’est produit pour l’interprétation du concept d’ « élection » que les prophètes ont corrigée, indiquant comment elle doit être correctement comprise.

Peuple de Dieu

Être le peuple de Dieu, il ne s’agit pas d’un privilège, mais d’un don que quelqu’un reçoit… Pour lui-même ? Non : pour chacun, le don est fait pour être donné : voilà la vocation. C’est un don que quelqu’un reçoit pour tout le monde, que nous avons reçu pour les autres, c’est un don qui est aussi une responsabilité. La responsabilité de témoigner dans les faits et pas seulement en paroles des merveilles de Dieu qui, si elles sont connues, aident les gens à découvrir son existence et à accueillir son salut. L’élection est un don, et la question est : mon être chrétien, ma confession chrétienne, comment la donner, comment la donner ? (…)

Sensus fidei

Sur le chemin synodal, l’écoute doit tenir compte du sensus fidei, mais ne doit pas négliger tous ces « pressentiments » incarnés là où on ne s’y attendrait pas : il peut y avoir un « flair sans citoyenneté », mais non moins efficace. L’Esprit Saint, dans sa liberté, ne connaît pas de frontières, et ne se laisse pas non plus limiter par les appartenances. Si la paroisse est la maison de tous dans le quartier, pas un club exclusif, je vous le recommande: laissez portes et fenêtres ouvertes, ne vous limitez pas à prendre en considération ceux qui [la] fréquentent ou pensent comme vous – qui seront 3, 4 ou 5%, pas plus. Permettez à tous d’entrer… Permettez-vous d’aller à leur rencontre et laissez-vous interroger, que leurs questions soient les vôtres, permettez-nous de marcher ensemble : l’Esprit vous conduira, ayez confiance en l’Esprit. N’ayez pas peur d’entrer en dialogue et de vous laisser impliquer dans le dialogue : c’est le dialogue du salut. (…)

Écouter l’Esprit Saint

L’Esprit Saint a besoin de vous. Et c’est vrai : le Saint-Esprit a besoin de nous. Écoutez-le en vous écoutant mutuellement. Ne laissez personne dehors ou en arrière. Cela fera du bien au diocèse de Rome et à toute l’Église, qui ne se fortifie pas seulement en réformant les structures – c’est la grande tromperie ! -, en donnant des instructions, en proposant des retraites et des conférences, ou à force de directives et de programmes – c’est bien, mais comme partie d’autre chose – mais si l’on redécouvre que l’on est un peuple qui veut marcher ensemble, entre nous nous et avec l’humanité. Un peuple, celui de Rome, qui contient la variété de tous les peuples et de toutes les conditions : quelle richesse extraordinaire, dans sa complexité ! Mais il faut sortir des 3-4% qui représentent les plus proches, et aller plus loin pour écouter les autres, qui parfois vous insulteront, vous chasseront, mais il faut entendre ce qu’ils pensent, sans vouloir imposer nos choses : laisser l’Esprit nous parler.

Traduction Anita Bourdin pour l’Agence Zenit

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