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Au XXIe siècle, pourquoi une Société de Vie Évangélique « du Cœur de Jésus » ? Pourquoi pas simplement Société Évangélique de l’Amour de Jésus ? Revenons aux sources de notre famille spirituelle : Pierre de Clorivière

Brève histoire du cœur de Jésus

Le 27 décembre 1673, (il y a 350 ans) Jésus apparaît, en la fête de Saint Jean, à une jeune fille de 26 ans, sœur visitandine, Marguerite Marie, à Paray le Monial. Il lui montre son Cœur et lui fait part de « son amour passionné pour les hommes » et de son désir de la voir communiquer « son ardente charité ». En 1675 : «  Vois ce Cœur qui a tant aimé les hommes et qui ne reçoit qu’indifférence et mépris ».

Marguerite-Marie et les jésuites

Marguerite Marie avait un père spirituel jésuite le Père Claude de la Colombière. Les Jésuites devinrent une des familles spirituelles qui fit connaître le message de Paray le Monial. Le Père de Clorivière, né en 1735, était entré dans la Compagnie de Jésus en 1756. En 1765 le pape Clément XIII institue la fête du Sacré Cœur.

Clorivière et le vœu au cœur de Jésus

Jeune jésuite , pour la première fête du Sacré Cœur, Clorivière émet un vœu pour être délivré de son bégaiement et s’engage « à promouvoir en toute occasion le culte du Sacré Cœur de Jésus ». Il se nourrit des écrits du père Claude de la Colombière aujourd’hui canonisé.

Réparation et gratitude

Dans la première partie de sa vie religieuse, il est « plein de gratitude et du souvenir continuel des bienfaits reçus du Cœur de Jésus ». Il est marqué par l’aspect réparateur de la dévotion au Sacré Cœur :

Le Cœur de Jésus dont la grandeur est méprisée, dont l’amour et les bienfaits sont payés de froideur et d’ingratitude demande que nous lui fassions toutes les réparations possibles pour tant d’offenses…L’amour de notre Sauveur ne fut pas vaincu par ces indignités et , son œuvre achevé, il ne put souffrir de se séparer de nous même corporellement. Nous le possédons dans l’adorable Eucharistie. Mais de quelle manière les hommes reconnaissent-ils cet amour immense et tout divin ? (Retraite Juin 1771)

Il précise – ce texte est capital – :

Ce n’est pas seulement cette partie du corps de Jésus que l’on nomme son cœur que nous prétendons honorer, quoique même à la regarder ainsi, il mérita tous nos hommages mais son Cœur vivant, son Cœur rempli de tendresse et d’amour, son Cœur enfin tel qu’il est au ciel, tel qu’il était sur la terre lorsque Jésus Christ conversait avec les hommes, tel que nous le possédons dans la sainte Eucharistie

Sa dévotion est un élan pour la mission :

Ne voyons-nous pas la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus se répandre dans tout l’univers, jusqu’aux extrémités les plus reculées du Nouveau-Monde…Tous les peuples de la terre s’empressent à recueillir les fruits d’une dévotion si salutaire (Homélie 1771)

Plus tard il fera le projet d’aller au Maryland. Mais l’Esprit Saint l’orienta autrement.

Fondations

Le 2 février 1791 le Père de Clorivière, fidèle à sa vocation de jésuite – alors que le Pape Clément XVI a supprimé la Compagnie de Jésus – fonde à Montmartre en pleine tourmente révolutionnaire la Société du Cœur de Jésus tandis que simultanément, à St Malo, Adélaïde de Cicé fonde la Société des Filles du Cœur de Marie.

Circulaires

Dans ses Lettres circulaires et dans sa correspondance il exprime ses convictions :

Ce même Sauveur qui, dans ces derniers siècles, a voulu manifester davantage à son Église les richesses de son Divin Cœur et du Cœur sacré de sa très sainte Mère, a pareillement voulu qu’il y eût, en ce même temps, deux Sociétés religieuses sous l’invocation de ces deux Cœurs, afin qu’elles fussent dévouées spécialement à honorer ces Cœurs ; que leur présence en rappelât sans cesse le souvenir aux fidèles, et qu’elles portassent, en elles-mêmes et dans chacun de leurs membres, à proportion, l’empreinte des sentiments dont ces deux Cœurs nous ont plus particulièrement donné l’exemple

Les deux cœurs

C’est surtout par ce double amour pour Dieu et pour les hommes que nous devons nous efforcer de retracer en nous l’image de ces deux cœurs : ce doit être le caractère distinctif des deux Sociétés qui se décorent de leur nom … Les désirs et les affections de son Divin Cœur doivent être les nôtres, nos cœurs doivent être formés sur le modèle du sien, ils doivent en être la vivante image. Cette doctrine sublime, l’apôtre Jean nous en montre la nécessité quand il dit que ceux que Dieu a choisis « il les a prédestinés pour être l’image de son fils ». En effet cette conformité n’est pas dans les actes extérieurs, ni dans l’élévation de l’esprit; elle est tout entière dans le cœur, c’est à dire dans les affections , dans les sentiments du cœur, parce que c’est du cœur que procède la vie et que c’est sur le cœur que Dieu fixe ses regards.

Coeur de Jésus et première communauté chrétienne

Clorivière fait le lien avec la première communauté chrétienne dont les fidèles n’avaient qu’un Cœur et qu’une âme  : Nous nous sommes proposés, en nous réunissant en deux Corps, sous les auspices et sous les noms des Cœurs sacrés de Jésus et de Marie, de faire refleurir parmi nous, et parmi tous ceux qui resteront fidèles, les beaux jours de l’Église naissante ; ce ne peut être qu’en abolissant autant qu’il est en nous, les pernicieuses maximes du monde, et qu’en imprimant profondément dans nos Cœurs, et dans celui des autres enfants de la sainte Église, les sentiments de ces Cœurs que nous avons pris pour modèles.

Prière de Pierre de Clorivière le 22 mai 1768 : « Imprimez en moi cette divine ressemblance et faites de moi une parfaite image de Vous ».

Les deux cœurs

La dénomination de ces Cœurs, rappelle seulement aux membres de ces deux sociétés, que c’est aux vertus intérieures qu’ils doivent s’attacher principalement, et surtout à la charité envers Dieu et envers le prochain ; et que la meilleure manière de les honorer est d’imiter leurs vertus, et de conformer nos sentiments, et nos affections aux leurs. Il n’y a rien en tout cela qui ne soit intérieur et spirituel. Que tous les membres qui les composent ne fassent entre eux qu’un cœur et qu’une âme…. Que l’Esprit Saint fasse entendre à vos cœurs le même langage selon la grâce et les lumières qui vous sont données ».

Le cœur de Jésus : verbe incarné

Le Cœur de Jésus est la substance même de Jésus, c’est Jésus lui-même considéré dans ce qu’il y a dans lui de plus divin, de plus touchant. Car le Cœur de Jésus, objet de notre dévotion, c’est ce Cœur tel qu’il est en lui-même, vivant…. c’est l’Homme, Dieu tout entier, c’est le Verbe incarné considéré par rapport à l’amour, c’est Jésus tout brûlant d’amour et pour Dieu et pour les hommes. Le Cœur de Jésus, la partie la plus noble du corps de chair, tout adorable qu’il est, n’est que l’objet extérieur et sensible de notre dévotion, l’objet spirituel et principal, c’est l’amour de Jésus, dont ce Cœur est le symbole, c’est Jésus lui-même, tout brûlant d’amour. C’est le grand, c’est l’essentiel objet de la religion, c’est la fin de toutes les Saintes Écritures…

Le Cœur de Jésus est universel, fort, patient, généreux, toujours actif

Le zèle puisé dans le Cœur de Jésus est universel, fort, patient, généreux, toujours actif, disposé à tous les sacrifices. Universel il embrasse tout. Fort il ose tout entreprendre. Patient , si même on l’accable de rebuts. Généreux il donne tout ce qu’il a. Actif il n’est jamais oisif, prêt à tous les sacrifices : son repos , sa santé , sa vie, sa réputation, ses biens ».

Dans la SVECJ

Dans notre Projet de Vie, nous lisons ce paragraphe qui synthétise cette passion pour le Cœur de Jésus de Pierre Joseph Picot de Clorivière

Le Cœur de Jésus est le signe le plus transparent de l’amour de Dieu pour les hommes. Amour passionné qui qui lui fait prendre nos routes humaines. Amour doux et humble qui s’offre sans imposer. Amour miséricordieux, présent aux cœurs blessés. Amour qui réconcilie et ouvre à sa paix. Amour livré jusqu’à la croix, sommet du don gratuit et libre. Amour transpercé, torrent d’eau vive et de plénitude qui fait naître de l’Esprit.Au milieu des solidarités et de divisions, des solitudes et des fraternités, Jésus nous propose un cœur à cœur avec Lui. Il vient vivre Nazareth en chacun de nous et nous saisir aux racines profondes de notre être.

Le cœur du Cœur pour Clorivière : « Ayez en vous les sentiments mêmes qui furent ceux du Cœur de Jésus (9 juin 1768) ». Nous pouvons reprendre aujourd’hui ce qu’il disait au temps de la Révolution : « C’est pour ces temps malheureux que l’existence de ces deux Sociétés est nécessaire ».

François Tricard, SVECJ