Temps de lecture : 4 minutes(Last Updated On: 19 novembre 2022)

« La sécularisation rend… difficile l’annonce de l’Évangile » Faux ! Pour un disciple de Clorivière, c’est faux.

Voici la réaction André Friand, prêtre belge en SVECJ en réaction au message de la Famille Cor Unum publié à l’issue des Assemblées Générales 2022.

Sécularisation et annonce de l’Évangile

Le message de la Famille Cor Unum AG 2022 sorti des assemblées d’août 2022 affirme en son 2ᵉ paragraphe :

« Par ailleurs le phénomène de sécularisation s’est approfondi et rend souvent difficile l’annonce de l’Evangile et la naissance de nouvelles vocations ».

Même si l’on redit que ces ombres sont traversées d’espérance, particulièrement dans la force de l’amour puisée dans le cœur du Christ, ce regard contredit la puissance du charisme né sous les interdictions religieuses de la révolution française. Il faudrait dire : la sécularisation est un temps favorable. Le père de Clorivière a trouvé une spiritualité forte et concrète qui dans le contexte a fait fleurir l’Évangile et de nouvelles vocations.

Sécularisation et implosion

Le contexte actuel en occident n’est pas une révolution, mais une implosion. Un christianisme majoritaire s’en est allé. Dans des sociétés religieuses africaines ou américaines, la religiosité commence peut-être à s’effriter. Mais nous observons que dans des sociétés athées comme le Vietnam, l’Évangile fleurit et les vocations nouvelles aussi. D’où vient cette incapacité de lire ce temps de grâce ?

Dépasser l’organisation actuelle de l’Église

Un catholicisme trop centré sur l’organisation religieuse et pas assez sur le Christ et une Famille spirituelle trop adossée aux curés diocésains nous empêchent d’admirer le travail de l’Esprit et de nous inscrire dans sa mouvance.

Notre regard sur la foi reste profondément marqué par des siècles de chrétienté. L’organisation de l’Église est trop déterminée par une structure de gouvernement. Le discours est spirituel, il invite à autre chose, mais le marquage au sol influence plus les consciences et les pratiques ; tel lieu de culte, telle organisation ou paroisse…

Inventons demain

Le regard d’un Dominique Collin : « Le Christianisme n’existe pas encore » et « L’Évangile inouï » me semble plus proche de l’intuition de notre fondateur. Fini l’habit, les bâtiments de la congrégation, mais debout la dignité du chrétien. Fini la flèche du bâtiment d’église, fini le décorum qui en impose ! Enfouie, cachée dans le monde, la semence perce la terre en des endroits insoupçonnés. Accueillie par de simples chrétiens, la grâce du baptême se déploie en des vocations diverses.


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La sécularisation et l’organisation de l’Église

L’évolution du clergé après les années 80 nous joue de mauvais tours. Avant et juste après le concile Vatican II, des Prêtres du Cœur de Jésus (PCJ) ont appelé des laïcs à vivre leur charisme. Ce fut là une belle ouverture et une nouvelle articulation de l’Évangile en plein monde. Les PCJ n’y perdaient pas leur charisme sacerdotal.

Prêtre aujourd’hui

Puis, les prêtres se faisant plus rares, les évêques ont privilégié les fonctions d’organisation : « curé par cumul » et laissés tomber les fonctions prophétiques de vicaire auprès des jeunes ou de publics marginalisés, prêtres insérés dans des quartiers ou associations… Il faut aussi ajouter d’autres tendances : le goût de jeunes prêtres à revenir à une caste sacerdotale, la tristesse de prêtres âgés de voir des pans entiers de leur pastorale s’en aller, la prégnance de prêtres venus d’ailleurs centrant leur pastorale sur le culte. Il faut aussi remarquer avec humour que la carte de visite blanche sous le menton n’incite pas aux pratiques synodales. Il ne faudrait pas que ces couleurs influencent les PCJ, ce n’est pas bon, et les autres instituts et société y sont fort adossés.

Il faut que meure un catholicisme…

En voyant vieillir des communautés chrétiennes, se délabrer l’organisation des paroisses, en voyant la seconde mort (la désespérance) s’installer dans le cœur de certains chrétiens, je me suis souvent dit : « il faut que ce catholicisme meure », oui, comme Jésus a dit : « il faut que le Fils de l’homme meure et que le troisième jour il ressuscite ». La résurrection du Christ s’est produite après sa mort et sa mise au tombeau. En serait-il autrement pour son Corps qu’est le type d’Église dont nous héritons ?

La sécularisation, chance pour l’annonce de l’Évangile

La sécularisation est une chance pour qu’émerge la radicalité de l’Évangile et que naisse un peuple nouveau. Elle n’est pas une terre moins fertile que l’athéisme. Des groupes de partage de vie et d’Évangile bourgeonnent en divers milieux et chez les plus petits, des personnes soucieuses de la nature sont en quête de spiritualité, des jeunes changent de métier pour un meilleur service…

Grâce à l’échange des savoirs, la diversité des personnes et des projets, un autre monde se construit. L’admiration de toute la vie conduit à la louange du créateur, sauveur. Le royaume est à la périphérie, ne le voyez-vous pas ?

André Friant, prêtre SVECJ Belgique